L’analogie de la maison hantée

Pour comprendre comment faire de la (mauvaise) science, et pour comprendre la crise actuelle de la psychiatrie américaine, nous prenons l’exemple du Docteur Goule, chercheur en parapsychologie, qui va essayer de nous prouver l’existence des maisons hantées avec un raisonnement parfaitement absurde. Mais, comme nous allons le voir, si son raisonnement n’a aucun sens, il est malheureusement utilisé très sérieusement dans certains domaines de la recherche médicale…

Aujourd’hui, le Docteur Goule va tenter de nous démontrer l’existence des maisons hantées. Qu’est-ce qu’une maison hantée, Docteur ?

Docteur Goule : Eh bien, nous ne le savons pas encore vraiment. Mais le grand public et la presse ont fait mention, dans les dernières décennies, de plusieurs cas de « maisons hantées » et nous nous devons de prendre ces signalements très au sérieux. Aussi, pour vérifier si les maisons hantées existent vraiment, nous avons dressé une liste de symptômes révélateurs du fait qu’une maison soit hantée.

Charpi : Une liste de symptômes ? Vous l’avez dressée comment ?

Docteur Goule : Euh… En fait, on n’est pas exactement tous d’accord sur la meilleure liste de symptômes, sur celle qui décrit le mieux le « hantage ». Ça fait environ vingt ans qu’on essaye de trouver comment définir au mieux les maisons hantées en faisant des études statistiques très poussées. Personnellement, je considère qu’on reconnaît une maison hantée aux critères suivants :

  • Au moins un décès dans la maison au cours du dernier siècle, ou un grand nombre de décès dans l’histoire du lieu où est construit le bâtiment.
  • Présence de rumeurs au sujet de la maison dans le voisinage.
  • Aspect général inquiétant.
  • Présence de chats noirs ou de corbeaux dans le quartier.
  • Vitres cassées, murs, carrelage, canalisations en mauvais état.
  • Présence de bruits inexpliqués dans la maison.
  • Tâches sombres sur le sol, le plafond ou les murs, qui évoquent le sang ou la mort.
  • Courants d’air glacés ou odeurs étranges.
  • Portes, tiroirs ou placards difficiles à ouvrir, issues condamnées.
  • Tentatives d’exorcisme infructueuses par des représentants du culte.

Nous considérons que, sur ces dix critères, une maison est légèrement hantée si elle en valide trois, sérieusement hantée si elle en valide six, et sévèrement hantée si elle en valide neuf.

Charpi : Attendez une minute… Avec vos critères, là, n’importe quelle maison un peu vieille et inquiétante va être considérée comme hantée. Elle est bizarre votre définition, comment vous êtes sûrs de pas raconter n’importe quoi ?

Docteur Goule : Pour valider cette liste de symptômes, nous faisons des statistiques. Nous avons mené plusieurs études dans plusieurs états des États-Unis grâce à des questionnaires en ligne. Comment savoir si nos critères décrivent bien des maisons hantées ? Eh bien, c’est très simple, que savons-nous des maisons hantées ?

  • Les fantômes y font fuir les résidents, n’est-ce pas ? Donc une maison hantée, par rapport à une maison non-hantée du même âge, devrait avoir plus de chance d’être abandonnée, ou bien elle devrait avoir un important turn-over de résidents. Eh bien, tenez-vous bien : les maisons que nous définissons comme sérieusement ou sévèrement hantées ont bien 23% de chances supplémentaires d’être abandonnées que les maisons non-hantées du même âge, elles ont un turn-over de résidents 1,7 fois plus important.
  • Autre signe qui ne trompe pas, les maisons hantées ont plus de chance d’être considérées comme hantée par leurs propriétaires, c’est logique. Eh bien, figurez-vous que les maisons qui correspondent à nos critères ont 47% de chances supplémentaires d’être considérées comme hantées par leurs propriétaires.
  • Enfin, nous regardons la co-morbidité. Saviez-vous que les maisons hantées, d’après nos statistiques, sont 2,5 fois plus souvent infestées par des rats, cafards, ou autres vermines ? Saviez-vous que leur structure est 28% moins résistante que celle des autres maisons, à âge et architecture égale ? Saviez-vous que les maisons hantées ont une valeur locative de 78% inférieure aux autres maisons du même âge sur le marché locatif ? Donc non seulement les maisons hantées, ça existe, mais en plus c’est grave.

Charpi : Attendez, tout ça, pour vous, ça vous suffit pour dire que les maisons hantées existent ?

Docteur Goule : Non, bien sûr. Mais ce sont des indices supplémentaires qui nous amènent à penser que leur existence doit être sérieusement considérée et que le trouble qui les hante – quel qu’il soit par ailleurs – est lourd de conséquences. D’autres études sont nécessaires, évidemment, pour affiner notre modèle, mais en tout cas, c’est une direction prometteuse. Et c’est d’autant plus important que, comme nous l’avons vu, le fait qu’une maison soit hantée a de graves conséquences sur son utilisation, son occupation, etc.

Résumons

Il n’y a pas besoin d’être un scientifique de génie pour voir que le raisonnement du Docteur Goule ne se tient absolument pas. En fait, il est tellement absurde que je ne saurais même pas faire le tour de toutes les erreurs du raisonnement. Mais, a minima, on peut dire qu’il est parfaitement circulaire.

« Si les maisons hantées existent, alors on doit pouvoir trouver des critères pour les identifier, et comme on peut trouver des critères qui prédisent si une maison sera considérée comme hantée, alors les maisons hantées existent sans doute ».

On est ici dans un gigantesque biais de confirmation : à partir d’une description a priori de ce qu’est censée être une maison hantée, on part à la recherche de statistiques qui viendront confirmer ce que l’on pense déjà savoir, en négligeant complètement de vérifier si ces corrélations ne peuvent pas s’expliquer d’une façon plus simple.

Le plus incroyable, c’est que sur ces bases complètement faussées, il est possible de développer une recherche la plus rigoureuse possible : si l’on accepte cette définition des maisons hantées, il est possible de publier des dizaines et des dizaines d’articles sur le type d’architecture des maisons hantées, les facteurs de risque, les traitements que l’on peut proposer, une catégorisation des différents types de maisons hantées… Recherches qui peuvent être très solides à l’exception de l’absurdité de leur postulat.

Le Docteur Goule fait de la psychiatrie

Si vous voulez voir le Docteur Goule en action, vous pouvez allez lire cet article de recherche intitulé Pathological Video-Game Use Among Youth Ages 8 to 18. Il est publié en 2009 dans le journal de l’Association for Psychological Science ; son auteur, le Docteur Douglas A. Gentile, spécialiste des effets des médias, a écrit plusieurs bouquins sur le sujet et publié une centaine d’articles. Il est présent dans les médias, dirige son propre laboratoire de recherche, possède son émission de radio mensuelle, The Science of Parenting, s’est vu remettre plusieurs distinctions et arbore une biographie impressionnante.

Cet article, qui me semble assez représentatif de ce qui s’écrit dans le domaine, reproduit le raisonnement du Docteur Goule (en un peu plus détaillé, l’article fait tout de même dix pages), mais appliqué à la fameuse « addiction aux jeux vidéo ». Bien que l’auteur n’utilise le terme « addiction » qu’entre guillemets, il va chercher à prouver que la pratique pathologique du jeu vidéo existe bel et bien, en projetant sur le jeu vidéo une liste de critères dérivée de la liste des symptômes de la pratique pathologique des jeux d’argent. Voici sa liste de critères :

  • Passer de plus en plus de temps à penser au jeu ou à se renseigner sur le jeu.
  • Avoir besoin de passer de plus en plus de temps ou de dépenser de plus en plus d’argent dans les jeux vidéo pour la même quantité d’amusement.
  • Avoir essayé de réduire son temps de jeu sans succès.
  • Être irritable ou agité pendant les tentatives d’arrêter le jeu vidéo.
  • Jouer aux jeux vidéo pour échapper à ses problèmes ou ses pensées négatives.
  • Avoir menti à un ami ou un membre de la famille à propos de son temps de jeu.
  • Avoir déjà volé un jeu, ou avoir volé de l’argent pour acheter un jeu.
  • Avoir déjà séché ses devoirs scolaires pour passer plus de temps à jouer.
  • Avoir déjà séché les tâches ménagères pour passer plus de temps à jouer.
  • Avoir déjà eu de mauvaises notes pour avoir passé trop de temps à jouer.
  • Avoir déjà eu besoin d’emprunter de l’argent après avoir dépensé trop d’argent dans les jeux vidéo.

Est considéré comme « joueur pathologique » un enfant remplissant 6 de ces 11 critères, ce qui correspond à 8,5% de l’échantillon testé par le Docteur Gentile. Pour démontrer que les enfants correspondant à cette description sont bien atteints d’une pathologie liée aux jeux vidéo, le Docteur nous montre, statistiques à l’appui, que les enfants remplissant ces critères jouent plus et plus souvent aux jeux vidéo, ont de moins bonnes notes à l’école, ont plus de chance de se considérer eux-même comme « addicts » aux jeux vidéo, et ont plus de chance d’avoir des amis qui sont eux-même « addicts ». De plus, le Docteur Gentile note que les joueurs « pathologiques » ont deux fois plus de chance d’être diagnostiqués avec un trouble de l’attention.

Les mauvais résultats scolaires, notamment, intéressent particulièrement le docteur : « Comme prédit, le jeu pathologique est un prédicteur significatif de moins bonnes performances scolaires, même à sexe et âge égals et à même temps de jeu hebdomadaire. C’est la première étude sur l’usage pathologique des ordinateurs, d’Internet ou des jeux vidéo à réaliser un test aussi fort, et les résultats démontrent que le jeu vidéo pathologique n’est pas simplement isomorphique au jeu excessif ou au fort engagement dans le jeu vidéo » (p.600).

Il n’est pas très difficile de voir à quel point ce raisonnement est faible. En réalité, il n’est absolument pas surprenant que des jeunes gens qui déclarent avoir des problèmes et des pensées négatives, sécher les devoirs et avoir de mauvaises notes, voire voler (de l’argent ou des jeux), se retrouvent au final avoir de moins bonnes notes à l’école que les élèves qui jouent autant mais qui font leurs devoirs. J’ai du mal à comprendre que l’on puisse faire publier dans une revue à comité de lecture qu’une corrélation aussi légère prouve quoi que ce soit, surtout avec tant d’enthousiasme et d’emphase sur l’importance du résultat.

Je ne parle même pas de la possibilité d’une corrélation inverse : pour l’auteur lui-même, « il est certainement possible que le jeu pathologique cause de mauvaises performances scolaires, […] mais il est tout aussi possible que les enfants qui ont des difficultés à l’école cherchent à jouer aux jeux vidéo pour y expérimenter une sensation de contrôle, ou que les problèmes de l’attention causent à la fois de mauvais résultats scolaires et un attrait pour les jeux » (p.601).

Une réserve qui ne l’empêche absolument pas de conclure par un retentissant : « cette étude a été conduite pour démontrer si le jeu pathologique était ou non un problème qui méritait une attention supplémentaire. Avec un jeune joueur sur dix ayant des problèmes dans le monde réel à cause du jeu, nous pouvons conclure que oui » (p. 601). Non seulement le chiffre de 1 sur 10 est une mauvaise interprétation de ses propres statistiques (il établit à 8,5% la proportion de joueurs « pathologiques », mais tous ces joueurs-là n’ont pas des « problèmes » dans la vie réelle, ils sont juste statistiquement plus enclins à en avoir), mais surtout nous apprenons que ces jeunes ont des problèmes « à cause du jeu » alors que, plus haut, l’auteur admettait qu’en fait, il n’en sait rien et que c’est peut-être l’inverse.

Les symptômes ne font pas tout

Si l’on devait dénoncer une erreur méthodologique majeure dans le travail des Docteurs Goule et Gentile (en-dehors de la mauvaise foi crasse), c’est celle qui consiste à considérer les maisons hantées comme l’addiction au jeu vidéo à travers le seul prisme symptomatique, par le seul outil de la corrélation statistique.

Dans Psychopolitiques, le philosophe Byung-Chul Han met en garde contre la gestion statistique et les dérives qu’entraîne le big data en rappelant que « c’est avant tout le concept qui génère la connaissance ». Lorsque l’on établit les symptômes de la grippe, on ne se base pas sur les patients qui se disent atteints de la grippe, ou qui possèderaient les symptômes dont il paraîtrait que ce sont les symptômes de la grippe, mais sur les patients infectés par le Myxovirus influenzae. La grippe, en tant que maladie, est un concept, une pathologie avec une définition claire et un fonctionnement, une cause, une définition que l’on peut énoncer et circonscrire. De ce concept découlent des symptômes permettant de le reconnaître, pas l’inverse.

Le « jeu vidéo pathologique » n’est pas un concept, tout au plus un préjugé, faute de définition autre qu’auto-déclarative ou comportementale. L’expression « jeu vidéo pathologique » elle-même est parlante en ce sens : refusant d’utiliser le terme trop controversé d’addiction, le Docteur Gentile se contente de parler d’une « pathologie » sans la nommer. On ne sait pas trop de quoi ces jeunes sont malades, ce qui les rend malade ou comment cette maladie est censée fonctionner, mais nous cherchons des statistiques pour montrer qu’ils le sont, en fonction de ce qu’on pourrait s’attendre à voir chez eux. Dans une autre société, avec une autre culture, le Docteur Gentile aurait pu écrire le même article, avec les mêmes arguments et les mêmes chiffres, à propos de « joueurs de jeux vidéo hantés » qui joueraient beaucoup et auraient de mauvaises notes, sans que la transposition ne lui pose le moindre problème.

Et là, il faut que je vous rappelle que le Docteur Gentile a publié une centaine d’articles, plusieurs livres, et que cet homme est une figure médiatique importante dans son domaine. En fait, son article utilise une méthodologie qui est considérée comme complètement valide par un certain nombre de ses pairs, et le « jeu vidéo pathologique » ou « gaming disorder » est considéré avec sérieux par les pouvoirs publics et un certain nombre de praticiens, malgré l’absence de consensus scientifique sur la nature, les symptômes, les causes, ou l’existence même de ce trouble comme pathologie per se.

Le succès institutionnel de ces pathologies non conceptualisées (ou mal conceptualisées) est assez inquiétant. Après vingt ou trente ans de recherches infructueuses et de mauvaise qualité, majoritairement spéculatives ou tâtonnantes (ce n’est pas moi qui le dis), les addictions au jeu vidéo ou à Internet sont toujours la cible de campagnes de prévention, sont très largement étudiées, et des tentatives de définitions comme celles du Docteur Gentile pointent leur nez dans les classifications internationales, qu’il s’agisse du DRM-5 ou de l’ICD-11.

L’armée des goules

Derrière l’exemple de l’addiction au jeu vidéo, c’est tout un pan des approches comportementales et statistiques de la psychologie qui est hautement critiquable et, au final, très faible scientifiquement. Les études comme celles du Docteur Gentile viennent avant tout valider par un mauvais usage des statistiques ce qui ne sont à l’origine que des blagues de psychiatres ou des paniques morales, en cherchant à leur attribuer des listes de symptômes plus ou moins arbitrairement, comme c’est le cas pour l’addiction aux jeux vidéo en ligne dans la dernière version du DSM.

Le DSM, ou Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, est un dictionnaire des maladies mentales édité par l’American Psychiatric Association. Sa dernière version a été très critiquée et a suscité de nombreuses polémiques, qui vont au-delà des questions d’addictions comportementales, au point que le NIMH, l’institut national états-unien pour la santé mentale, a retiré son soutien au DSM-5 et annoncé qu’il ne financerait plus de projets de recherche se basant uniquement sur les critères du DSM. Sa principale critique envers le manuel ? Le manque de validité scientifique : « Contrairement à nos définitions de l’insuffisance coronarienne, d’un lymphome, ou du SIDA, les diagnostics du DSM sont basés sur des consensus sur des ensembles de symptômes cliniques, et non pas sur des observations objectives faites en laboratoire ».

En d’autres termes : le NIMH ne croit plus aux méthodes du Docteur Goule. Il serait temps pour l’APA, et pour la psychiatrie américaine en général, de conceptualiser les pathologies comme de véritables objets scientifiques dotés de définitions rigoureuses. Faute de quoi les chercheurs en psychiatrie pourraient encore passer quelques décennies à chasser les maisons hantées.

Note : Cette analogie m’est venue au cours de discussions sur le sujet dans le groupe facebook « Zététique », merci à tous ceux ayant participé à cette conversation pour avoir contribué à ma réflexion, et aux membres et administrateurs du groupe de manière générale. Merci à Valérie pour sa relecture attentive de ce texte.

7 réflexions sur « L’analogie de la maison hantée »

  1. [NdA]Bon, une précision avant d’accepter ce commentaire : ici, on est pas sur facebook. Dans les commentaires, vous vous adressez à moi, donc si possible faites en sorte que la discussion soit possible, et pourquoi pas cordiale. Je n’ai rien contre la critique, tant qu’elle est argumentée, mais j’aimerai qu’on essaie de sortir un peu de la violence qui caractérise les échanges sur les réseaux sociaux.

    N’importe quoi.

    Autant je suis pour la recherche des sophismes et arguments fallacieux, mais là c’est trop mal fait et pas du tout maîtrisé.

    Citation :

    « Si les maisons hantées existent, alors on doit pouvoir trouver des critères pour les identifier, et comme on peut trouver des critères qui prédisent si une maison sera considérée comme hantée, alors les maisons hantées existent sans doute ».

    « On est ici dans un gigantesque biais de confirmation »

    Pas du tout. Et c’est pas par rapport au concept de maison hantée ni de paranormal que je réagis.
    Mais juste au fait qu’on a tout à fait le droit de considérer qu’une chose puisse exister, et chercher des critères pour l’évaluer. Sinon autant dire que rien n’existe, car sans méthode pour en élaborer une preuve aux yeux de ceux qui ne la voient ni ne la comprennent pas, on est voué à se faire rire au nez.

    Et un minimum de réflexion (vérification de l’assertion, et recherche de contre-exemples) aurait suffit à en montrer l’ineptie :
    A – Si les gens violents existent
    B – Alors on doit pouvoir trouver des critères pour les identifier (tendances à : expressions faciales particulières, émotion explosive, ton, autoritarisme, menaces, coups, …).
    C – Et comme on peut trouver des critères qui prédisent…
    D – Alors les gens violents existent.

    C’est sur le point C que l’auteur n’est pas d’accord. Pour lui, ce qu’il y a dans B ne permet pas de faire C. Mais ça, c’est une histoire de précision dans l’exercice de l’analyse : en l’occurrence, il fait référence au monde de la psychiatrie et de la capacité à repérer des malades, et de la précision des diagnostics.

    Aussi, il voit une sorte de tautologie (je la vois aussi) : le fait de dire « si des critères prédisent, alors une chose existe sans doute ». Car en effet, en général on constate plutôt qu’une chose existe (une comète, un astre, quelquechose de visuel) et on élabore des méthodes pour en prédire le comportement. Or, ici, l’auteur souligne que vu l’imprécision, c’est doublement douteux. Mais c’est surtout l’aspect « douteux » des critères qui emporte l’auteur dans l’idée qu’on ne peut prouver l’existence d’une chose par ce qui semble (en apparence, je vais le montrer) être un raisonnement circulaire.

    Trivialement, il y a en effet une sorte de boucle entre D et A : on ne peut en général pas partir d’une supposition (d’existence ici) pour élaborer des critères et ensuite prouver la chose et donc rétro-justifier le postulat ; le terme « prédire » signifie d’ailleurs communément qu’on a déjà vu/constaté un phénomène. Donc, l’esprit scientifique considère qu’il est impossible de prouver l’existence de quelquechose de non visible, d’incertain, par une telle boucle.

    Pourtant, si : on peut très bien supposer l’existence des atomes, et élaborer des critères, et les confirmer. Cette question de la spéculation, du « pari », touche à celle de DIEU, de l’invisible, et de ce qui est soumis au principe d’incertitude (on peut toujours en contredire l’existence par défaut). Mais ce qui rassure avec l’atome, c’est que nous pouvons toucher les corps : sauf que le concept d’atome en lui-même aurait très bien pu être faux malgré l’aspect tangible du monde.

    Pourtant, mon exemple montre bien que la boucle est possible. On me répondra que la violence est une évidence, pourtant non : du point de vue de la personne que nous trouvons violent, elle ne l’est pas. Tout est donc à prouver (élaboration sémantique, conceptuelle, diagnostique) afin de montrer la prévisibilité d’un comportement différent et pouvoir dire « tu vois » à celui qui ne voulait pas voir.

    Il n’y a donc pas de gigantesque biais de confirmation dans la psychiatrie : il y a juste de l’imprécision, due au fait que le domaine exploré est très complexe, et fortement sujet aux chevauchements sémantiques, aux paradoxes, et au principe d’incertitude. Pourtant, il suffit de voir une personne prononcer des choses incohérentes, se frapper le corps, frapper les autres, se balancer d’avant en arrière, et avoir tout un tas d’autres comportements, pour sentir qu’il y a quelquechose qui ne va pas du tout. On pourra bien entendu jouer sur chacun de ces concepts, par exemple celui « d’incohérence », et rétorquer qu’on pourrait dire ça de n’importe qui ayant un propos que nous ne comprenons pas : mais au delà de la preuve d’incohérence pure (que je pourrais expliquer), on peut tout simplement mettre en relation tous les critères que j’ai évoqué, pour « corroborer » une impression. Et c’est justement une grande preuve d’intelligence et de rigueur qu’ont fait les chercheurs en psychiatrie que d’émettre une telle prudence et d’élaborer une telle méthode. Elle est la preuve de leur conscience que chaque critère peut être « retourné ».

    Ce qui m’amène au point le plus désagréable : l’auteur de l’article a voulu montrer un sophisme, et malheureusement il est tombé dans le sophisme lui-même, en retournant maladroitement l’argumentaire. De plus, l’article annonce montrer comment « faire de la mauvaise science », alors que de toutes évidence la philosophie et l’erreur qu’il commet dans l’article correspond en tous point à celle que commet la pensée scientifique dans son ensemble envers les formes de pseudo-sciences et les superstitions. En somme, il fait semblant de s’auto-analyser, alors que son article vise non pas la science elle-même (comme une mise en garde) mais bel et bien la non-science ; le fait d’utiliser l’analogie des maisons hantées en est d’ailleurs un lapsus révélateur, faussement caché (comme s’il tentait de faire la leçon à des scientifiques en prenant l’exemple de ce qu’ils détestent le plus).

    « on part à la recherche de statistiques qui viendront confirmer ce que l’on pense déjà savoir, en négligeant complètement de vérifier si ces corrélations ne peuvent pas s’expliquer d’une façon plus simple.»

    Sauf que l’auteur ne propose aucune de ces solutions simples. Il refuse les concepts de « maladie mentale », de « schizophrénie » ou autres terminologie pourtant travaillées (avec des critères tels que les hallucinations auditives, la logorrhée, …), et n’a rien d’autre à proposer, comme s’il ne voulait voir.

    « Le plus incroyable, c’est que sur ces bases complètement faussées, il est possible de développer une recherche la plus rigoureuse possible : si l’on accepte cette définition des maisons hantées, il est possible de publier des dizaines et des dizaines d’articles sur le type d’architecture des maisons hantées, les facteurs de risque, les traitements que l’on peut proposer, une catégorisation des différents types de maisons hantées… Recherches qui peuvent être très solides à l’exception de l’absurdité de leur postulat. »

    C’est l’inverse justement : le postulat pourrait ne pas être absurde, et la recherche des critères plus solide justement. Par exemple, si le concept « d’hanté » correspond à la présence d’esprit métaphysiques, il faudrait donc concentrer et restreindre les critères à la preuve de leur présence (phénomènes électro-magnétiques, objets déplacés sans explication conventionnelle tel que courant d’air, etc). Les critères secondaires tels que les odeurs, traces étranges, ne seraient qu’indicatrices d’un « potentiel d’intérêt », mais ce seraient les éléments primaires qui prévaudraient sur les conclusions. Et les éléments tels que « aspect délabré » ou « apparence effrayante » sont bien évidemment à écarter, de même que les statistiques fallacieuse telles que « si les gens en ont peur ou se sentent mal, c’est que… » ou « tant de gens y sont morts, donc… ».

    Mais l’auteur ne fait rien de celà. Car il pense que le postulat est absurde, et justement, celà constitue un sophisme très courant dans la pensée et philosophie scientifique. Il est l’héritage d’un courant épistémologique et d’erreurs triviales transmises d’individus à individus, par l’action dépréciative et épuisante de la moquerie, des utilisations maladroites des principes et concepts découverts (ex : falsifiabilité) et utilisé hors-contexte.

    Je ne devrais même pas perdre mon temps à lire le reste de l’article, pourtant je me suis laissé tenté, et voilà ce que je trouve dès les premières lignes de la 2e partie de son article :

    « Bien que l’auteur n’utilise le terme « addiction » qu’entre guillemets, il va chercher à prouver que la pratique pathologique du jeu vidéo existe bel et bien, en projetant sur le jeu vidéo une liste de critères dérivée de la liste des symptômes de la pratique pathologique des jeux d’argent. »

    Pardon ? L’addiction aux jeux vidéo n’existe pas ? Alors là, on touche vraiment au « refus de voir » : car je suis la preuve vivante que la cyberdépendance existe, et que le besoin viscéral de jouer peut atteindre des formes pathologiques : jouer alors qu’on n’en a pas envie philosophiquement parlant, qu’on sait qu’on se fait du mal, qu’on sait qu’on devrait trouver du plaisir ailleurs, et même qu’on sait (après quelques recherches justement) que le circuit dopaminergique a une grande importance dans cette addiction.

    De plus, nier en bloc les découvertes sur la maladie des jeux d’argent, ayant mené des gens à perdre tous leurs bien, est plus que douteuse. Surtout vu l’intérêt qu’on pu avoir les casinos pour ces phénomènes psychologiques justement, et leur utilisation fructueuse à des fins mercantiles.

    Bref, l’auteur est à mon avis prisonnier d’une crise d’incrédulité qui touche pas mal de personnes qui se croient « plus malignes que ceux qui critiquent », et sont simplement haineux de tout ce qui les remettrait en question, et qu’on a beaucoup vu ces dernières années dans le refus assez répandu d’entendre que la violence dans les films ou les jeux-vidéo peuvent affecter le comportement des gens. Et ce même malgré tous les éléments de preuve (scientifiques justement) tels que la désinhibition et désensibilisation permettant à des jeunes soldats d’apprendre plus vite à tirer, ou plus simplement le mimétisme poussant un enfant à « taper pour rire » comme le fait un personnage qu’il a vu.

    Et le phénomène de refus est simple : d’une part le refus de se regarder en face, et d’autrepart le refus de se dire que si l’on n’est pas touché, d’autres peuvent l’être. C’est le classique réflexe qui consiste à se prendre pour une généralité. Pire, c’est le refus, même si celà était vrai, de considérer qu’il puisse y avoir des exceptions à une règle.

    « le Docteur nous montre, statistiques à l’appui, que les enfants remplissant ces critères jouent plus et plus souvent aux jeux vidéo, ont de moins bonnes notes à l’école, ont plus de chance de se considérer eux-même comme « addicts » aux jeux vidéo, et ont plus de chance d’avoir des amis qui sont eux-même « addicts ».»

    Oui, jouer monopolise l’individu lorsqu’il rentre chez lui le soir après l’école, et il a tendance à moins être motivé par l’effort d’apprendre, de mémoriser, que d’éprouver tout de suite du plaisir à jouer. J’en ai été justement victime, et je « me suis vu » devenir peu à peu incapable de réviser, et j’ai aussi vu mes notes baisser. Bien entendu il y a un ensemble de choses à prendre en compte (harcèlement scolaire, malêtre, violence domestique, isolement social, etc), mais nier que les choses auraient pu être différentes en enlevant l’addiction des jeux-vidéo, sous prétexte qu’on aurait tout aussi bien observé un effet de différence en enlevant n’importe quel autre des problèmes, c’est du pure sophisme.

    « Comme prédit, le jeu pathologique est un prédicteur significatif de moins bonnes performances scolaires, »

    De même que l’utilisation de tablettes, smartphones, et (avant cette époque) de la TV par de très jeunes enfants, qui affecte leur développement cognitif. Un enfant monopolisé par une chose aussi préfabriquée et stéréotypée que ces médias, observe moins les alentours, interagit moins socialement. Et il ne suffit pas de prendre une photo des années 40 où l’on voit un bus rempli de gens lisant les journaux, pour en conclure que de tous temps, les gens ont eu tendance à fuir les interactions sociales. Que je sache, les journaux se lisent rapidement, le matin, et servent à s’informer sur le monde ; qu’on ne me réponde pas qu’un smartphone aussi, car avant qu’un enfant se mette à lire GoogleNews, il se passera du temps, et nous savons tous très qu’ils préfèrent jouer, ou pire regarder sans savoir ce qu’ils regardent ni pourquoi. Ne faisons pas de langue de bois : qui, parmis les « grandes gueules » qui se prévalent d’un esprit moins moutonnier, n’a pas crié sur les toits que la TV était abrutissante et vidait la tête, et qu’on la regardait sans savoir pourquoi et qu’elle nous aspirait le cerveau ?
    Qui oserait remettre en doute l’étude qui avait prouvé que des gens regardant un écran émettant la source de lumière avaient moins de capacité à parler de ce qu’ils avaient vu, que ceux qui avaient regardé un écran de type « cinéma » sur lequel la lumière était réfléchie ?

    « Il n’est pas très difficile de voir à quel point ce raisonnement est faible. En réalité, il n’est absolument pas surprenant que des jeunes gens qui déclarent avoir des problèmes et des pensées négatives, sécher les devoirs et avoir de mauvaises notes, voire voler (de l’argent ou des jeux), se retrouvent au final avoir de moins bonnes notes à l’école que les élèves qui jouent autant mais qui font leurs devoirs. »

    Sauf qu’ils ne sont pas en nombre égal. Il y a donc de fortes chances pour que ce soit une différence du type « immunologique » : certains ne sont pas touchés, tandis que d’autres le sont. Il n’y a donc pas lieu de nier le phénomène et les liens de cause à effet. Avoir des mauvaises notes n’est pas dû qu’au fait d’avoir des problèmes sociaux, des pensées négatives, et de sécher les cours, il peut aussi être dû simplement au fait de passer plus de temps à jouer qu’à réviser.
    Aussi, ces trois éléments que j’ai cités et mis en gras, peuvent en être la cause, mais ils peuvent aussi être des effets des jeux vidéos, ce qui forme une trilogie. Par exemple, l’action de jouer trop aux jeux-vidéo n’est pas nécessairement le fait d’une exclusion sociale (bien que ce soit souvent le cas, et donc un moyen de se cacher ses problèmes ou d’y pallier en terme de circuit de la récompense et de l’action gratifiante. Cf : Henri Labori), elle peut aussi en être la source : un individu peut très bien avoir de bonnes interactions sociales, mais se mettre à jouer subitement et à être pris dans une boucle. On rétorquera qu’il ne l’y aurait pas été pris s’il n’avait pas eu un soucis quelquepart, et qu’il y a forcément dû y avoir un incident menant à un passage à vide, mais pas forcément. Encore une fois il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, et arrêter de nier. Personnellement il est clair que mon addiction aux jeux-vidéo est le fait d’une très forte exclusion sociale, d’un isolement quasi total, mais j’ai la présence d’esprit d’imaginer qu’il pourrait en être autrement. Aussi, je ne supporte pas la fermeture d’esprit de ceux qui se mettraient presque à venir me dire en face que je ne souffre pas de celà, et que je n’ai pas vécu un enfer de solitude, à me sentir mal devant mon écran et avec ma manette dans les mains. Que ces gens aillent raconter leurs conneries ailleurs.

    « […] mais il est tout aussi possible que les enfants qui ont des difficultés à l’école cherchent à jouer aux jeux vidéo pour y expérimenter une sensation de contrôle »

    Il est connu que l’incapacité entraîne une frustration, et qu’une frustration peut être comblée par autrechose. Je ne vois rien de débile là-dedans, sauf la mauvaise foi de l’auteur. Il oublie d’ailleurs que le psychiatre qu’il cite a dit « tout aussi possible », ce qui fait preuve d’une réserve, d’une exploration des possibilités ; chose que l’auteur de l’article est apparemment incapable de faire.

    « Une réserve qui ne l’empêche absolument pas de conclure par un retentissant : « cette étude a été conduite pour démontrer si le jeu pathologique était ou non un problème qui méritait une attention supplémentaire. Avec un jeune joueur sur dix ayant des problèmes dans le monde réel à cause du jeu, nous pouvons conclure que oui » (p. 601). Non seulement le chiffre de 1 sur 10 est une mauvaise interprétation de ses propres statistiques (il établit à 8,5% la proportion de joueurs « pathologiques », mais tous ces joueurs-là n’ont pas des « problèmes » dans la vie réelle, ils sont juste statistiquement plus enclins à en avoir), mais surtout nous apprenons que ces jeunes ont des problèmes « à cause du jeu » alors que, plus haut, l’auteur admettait qu’en fait, il n’en sait rien et que c’est peut-être l’inverse. »

    Oui, émettre des réserve n’empêche pas de conclure qu’il y a beaucoup d’éléments plausible, et un fort risque.
    Quant à la remarque sur le chiffre de 1 sur 10, elle est fallacieuse : si l’auteur donne 8.5%, celà fait bien environs 1 personne sur 10, et le fait qu’il ait émit une réserve quant au développement de la maladie latente qui les menace, n’empêche pas qu’il puisse les inclure dans la terminologie d’un problème qui mérite une attention car de toutes façons pathologique (que ce soit avec ou non impact de la vie sociale). Certes, être addict aux jeux sans que celà n’affecte notre vie sociale est un moindre mal, voire pas du tout, mais là n’est pas la question. La question est celle d’un comportement à tendance addictive et donc pathologique quelquepart (même si l’on se refuse à voir une passion comme une pathologie) pouvant déboucher justement sur une pathologie réelle et non plus « potentielle ».
    C’est ce refus de la potentialité qui constitue la mauvaise foi des débunkers sur le sujet. Et excusez-moi, mais passer 3 à 10h par jour dans les jeux, que ce soit vidéo ou casino, n’est plus une passion débordante : c’est une passion débordante non-constructive (construire des édifices en allumette est bien plus créatif au final, même si pouvant être socialement handicapant) qui bien qu’on puisse dire que l’on communique (par texte ou vocal) est une forme d’isolement. Oui, faire de la moto en solo ou travailler le bois dans son atelier est aussi une forme d’isolement, mais il peut porter à des interactions dans le monde réel. Le jeu non (hormis des salles de LAN remplies de milliers de campeurs IRL et parfois aussi virtuels).

    Encore une fois, ça n’est pas parce que VOUS n’êtes pas touché, que les autres ne le sont pas, et que la chose étudiée n’est pas ceci ou celà. Il y a plein de paramètres à prendre en compte, autre que votre existence personnelle et refus de voir certaines choses en face.

    J’arrête là cette analyse, j’ai déjà suffisamment démontré l’inefficacité de l’approche de l’article, faussement scientifique.

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    1. Bonjour Romarain,

      Votre message étant très long, je vais essayer d’aller à l’essentiel et répondant aux contre-arguments principaux.

      Mais juste au fait qu’on a tout à fait le droit de considérer qu’une chose puisse exister, et chercher des critères pour l’évaluer. Sinon autant dire que rien n’existe, car sans méthode pour en élaborer une preuve aux yeux de ceux qui ne la voient ni ne la comprennent pas, on est voué à se faire rire au nez.

      Supposer que quelque chose existe et le rechercher, bien sûr qu’on le peut. Mais encore faut-il définir cette chose. Je prends l’exemple des maisons hantées, et effectivement, peut-être que les maisons hantées existent, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que le raisonnement du Docteur Goule est insuffisant pour me prouver l’existence des maisons hantées.

      Pourquoi ? Parce que, « maison hantée », ça sous-entend « une maison habitée par l’esprit d’une personne décédée ». Pour prouver que ça existe, il va falloir prouver qu’il y a des maisons dans lesquelles il y a de tels esprits, tout simplement. Le raisonnement du Docteur Goule, qui consiste à rechercher les critères observables qui correspondent le plus à ce que les gens considèrent être une maison hantée, puis à étudier les objets correspondant à ces critères comme des « maisons hantées » est un raisonnement incohérent (au sens scientifique du terme : un raisonnement qui permet de tout prouver).

      Ce qui est absurde, ce n’est pas l’existence des maisons hantées (après tout, peut-être un jour qu’on démontrera leur existence, même si je considère à titre personnel que c’est peu plausible), c’est d’utiliser la définition ad hoc créée par le Docteur Goule comme étant celle des maisons hantées.

      Et un minimum de réflexion (vérification de l’assertion, et recherche de contre-exemples) aurait suffit à en montrer l’ineptie :
      A – Si les gens violents existent
      B – Alors on doit pouvoir trouver des critères pour les identifier (tendances à : expressions faciales particulières, émotion explosive, ton, autoritarisme, menaces, coups, …).
      C – Et comme on peut trouver des critères qui prédisent…
      D – Alors les gens violents existent.

      Ben, justement, votre raisonnement, là, il n’est pas scientifique. Parce que « gens violents », je ne sais pas ce que c’est. Vous parlez de gens qui sont régulièrement violents ? Qui sont gratuitement violents ? Qui sont prêts à utiliser la violence ? Qui peuvent devenir vraiment très violents mais qui ne le sont pas au quotidien ? Est-ce que les boxeurs pros sont des gens violents, s’ils ne se battent que dans un ring ? Est-ce que les militaires sont des gens violents ?

      Vous avez fait la même erreur que les Docteur Goule et Gentile : vous êtes parti chercher la preuve de l’existence de quelque chose sans avoir pris la peine de définir la chose en question. Du coup, oui, évidemment, vous allez trouver, mais ça ne prouvera rien.

      Pardon ? L’addiction aux jeux vidéo n’existe pas ? Alors là, on touche vraiment au « refus de voir » : car je suis la preuve vivante que la cyberdépendance existe : car je suis la preuve vivante que la cyberdépendance existe, et que le besoin viscéral de jouer peut atteindre des formes pathologiques : jouer alors qu’on n’en a pas envie philosophiquement parlant, qu’on sait qu’on se fait du mal, qu’on sait qu’on devrait trouver du plaisir ailleurs, et même qu’on sait (après quelques recherches justement) que le circuit dopaminergique a une grande importance dans cette addiction.

      Vous êtes la preuve vivante que l’on peut souffrir de son incapacité à contrôler son usage des jeux vidéos, effectivement. Est-ce que cette incapacité à la contrainte est causée par une « addiction » ou non est une question plus complexe, et de très nombreuses autorités scientifiques refusent d’utiliser ce terme, pour des raisons que je détaillerai dans des articles à venir. Pour le moment, restons-en sur le propos de cet article : le raisonnement du Docteur Gentile ne permet pas de prouver l’existence d’une pathologie ayant trait aux jeux vidéo, or non seulement il proclame le contraire, mais de plus son raisonnement est largement accepté dans son champ scientifique.

      Pour le reste de vos récriminations envers les tablettes, les écrans, ou je-ne-sais-quoi encore, elles sont hors-sujet dans le cadre de cet article.

      Sauf qu’ils ne sont pas en nombre égal. Il y a donc de fortes chances pour que ce soit une différence du type « immunologique » : certains ne sont pas touchés, tandis que d’autres le sont. Il n’y a donc pas lieu de nier le phénomène et les liens de cause à effet. Avoir des mauvaises notes n’est pas dû qu’au fait d’avoir des problèmes sociaux, des pensées négatives, et de sécher les cours, il peut aussi être dû simplement au fait de passer plus de temps à jouer qu’à réviser.

      Ca n’a rien à voir avec mon propos. Ce que je dis est que la corrélation observée par le Docteur Gentile s’explique sans le recours aux jeux vidéo. Il demande à des enfants s’ils ont déjà séché leurs devoirs et observe que ces enfants-là ont de moins bonnes notes. La conclusion logique serait que sécher ses devoirs fait baisser les notes, ce que nous savons déjà. La corrélation qu’il observe est trop triviale pour prouver quoi que ce soit.

      Je ne vois rien de débile là-dedans, sauf la mauvaise foi de l’auteur. Il oublie d’ailleurs que le psychiatre qu’il cite a dit « tout aussi possible », ce qui fait preuve d’une réserve, d’une exploration des possibilités ; chose que l’auteur de l’article est apparemment incapable de faire.

      Ah mais ce n’est pas débile, c’est très juste. Le Docteur Gentile observe que les gamins qui correspondent à ses critères ont de moins bonnes notes, et il dit qu’il ne sait pas si c’est l’un qui implique l’autre ou l’inverse, c’est très bien. Ce qui est moins bien, c’est que cette réserve est complètement oubliée dans sa conclusion. Sa corrélation devient magiquement une causalité à la fin de son article.

      Oui, émettre des réserve n’empêche pas de conclure qu’il y a beaucoup d’éléments plausible, et un fort risque.

      Ce qui empêche de conclure qu’il y a des éléments plausibles, c’est l’absence d’éléments plausibles. Rien dans l’étude de Gentile ne permet de conclure ce qu’il conclut, voilà le problème.

      Quant à la remarque sur le chiffre de 1 sur 10, elle est fallacieuse : si l’auteur donne 8.5%, celà fait bien environs 1 personne sur 10, et le fait qu’il ait émit une réserve quant au développement de la maladie latente qui les menace, n’empêche pas qu’il puisse les inclure dans la terminologie d’un problème qui mérite une attention car de toutes façons pathologique (que ce soit avec ou non impact de la vie sociale).

      Ma remarque n’est pas fallacieuse. Il conclut qu’un enfant sur dix « a des problèmes dans la vie réelle à cause du jeu », et les chiffres qu’il a montre que, parmi les 8,5% d’enfants qui correspondent à ses critères, certains (et pas la majorité) ont des problème dans la vie réelle. Et votre raisonnement est circulaire.

      C’est ce refus de la potentialité qui constitue la mauvaise foi des débunkers sur le sujet. […] Encore une fois, ça n’est pas parce que VOUS n’êtes pas touché, que les autres ne le sont pas, et que la chose étudiée n’est pas ceci ou celà.

      Je ne refuse pas la potentialité, je refuse qu’on dise qu’un article démontre quelque chose quand c’est faux. Ca n’a rien à voir.

      J’arrête là cette analyse, j’ai déjà suffisamment démontré l’inefficacité de l’approche de l’article, faussement scientifique.

      Je suis navré de vous le dire, mais vous n’avez rien démontré du tout.

      Bonne journée.

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