« Jouabilité inclusive » et réalisme historique : Le débat que nous aurions pu avoir

Pour une fois, nous allons critiquer sur ce blog un texte « de gauche ». Il s’agit d’un article publié y a une semaine sur le site canadien Histoire Engagée, intitulé « La « jouabilité inclusive » et l’Histoire : un débat à faire », signé par le doctorant en histoire Maxime Laprise, de l’Université de Montréal.

Cet article traite d’une pratiqueclairement récente dans l’industrie vidéoludique : l’inclusion de personnages appartenant à des minorités raciales ou sexuelles dans des jeux à contexte historique où, à cause du racisme et du sexisme des sociétés représentées, ces personnages ne sont pas censé·e·s pouvoir exister. Maxime Laprise proposer d’apporter une critique progressiste de ce choix de design qui sacrifie le réalisme historique à la diversité des représentations dans la production vidéoludique. Malheureusement, c’est une critique qui, comme nous allons le voir, échoue à ne pas être réactionnaire.

C’est donc en camarade, mais en camarade intransigeant, que je vais saisir l’invitation de Maxime Laprise à débattre de la « jouabilité inclusive ». S’il venait à lire cet article, qu’il sache que je lui adresse, malgré la sévérité de ma réponse, toutes mes salutations. Lire la suite « « Jouabilité inclusive » et réalisme historique : Le débat que nous aurions pu avoir »

Pourquoi ils ne sont jamais terroristes

Il aura fallu 2017 et l’attentat de Charlottesville, 19 blessés et la mort de Heather D. Heyer pour découvrir dans les journaux l’expression « terrorisme d’extrême-droite » et, dans le même mouvement, apprendre que ce terrorisme-là est responsable aux Etats-Unis de plus d’attentats que le terrorisme islamiste (voir l’Express, Le Monde…). J’ai commencé à écrire cet article après cet attentat.

Depuis, il y a eu Luca Traini en Italie, Nicolas Cruz en Floride, Alek Minassian à Toronto… L’extrême-droite tue (les extrêmes-droites tuent ?), et à chaque fois, la même fatigue devant la terminologie employée par la presse libérale, qui évite toujours, soigneusement, de parler de terrorisme. C’est pourtant de ce terrorisme dont nous voulons parler, dans ce nouveau texte des Milléniologies, ou plutôt de pourquoi il est si rare qu’il soit nommé comme tel par les responsables médiatiques ou politiques.

En février dernier, Le Parisien titrait « Italie : un sympathisant d’extrême-droite tire sur des étrangers et fait six blessés ». En lisant l’article, on découvre que Luca Traini – le tireur en question, n’était en fait pas un simple sympathisant : il avait été candidat à des élections locales pour la Ligue du Nord, le parti d’extrême-droite italien. D’après le premier ministre italien, l’attaque était motivée par « une évidente haine raciale » et une culture « d’extrémisme de droite, avec des références claires au fascisme et au nazisme ». La conclusion de l’article évoque pourtant une autre hypothèse, celle du drame amoureux,  en faisant le lien avec le meurtre d’une jeune femme, quelques jours plus tôt : il pourrait s’agir d’une « une vengeance contre la communauté nigériane » car Luca Traini aurait peut-être été amoureux d’une jeune femme qui aurait peut-être été tuée par un Nigérian.

Peu ou prou, toutes les rédactions ont publié le même article, avec les mêmes éléments de langage, voire même en distanciant encore plus l’auteur de l’acte de ses idées politiques : « un sympathisant d’extrême-droite »  devient parfois « un homme » ou « un jeune homme ». Les clones se succèdent : Europe 1, Russia Today, LCI, 20 minutes, Le Temps, France Soir, ChallengesEuronews, etc. Vous vous en doutiez peut-être, mais aucun de ces articles ne comporte ni le mot « attentat », ni le mot « terroriste ». Lire la suite « Pourquoi ils ne sont jamais terroristes »